Puisque je vous le dis

dimanche 24 avril 2016

Le voile, la barbe

Parce que les sujets qui fâchent sont souvent les meilleurs, je vais me risquer à parler des voiles dits islamiques étant donné que j'ai mon avis là-dessus, comme tout le monde. Il ne s'agira pas, bien évidemment, de se lancer dans l’exégèse du Coran dont je me soucie comme du Grand Turc, que j'ai essayé de lire pourtant, mais trouvé, en toute franchise, plus ennuyeux que l'annuaire. Je n'irai pas sur ce terrain, même si j'observe que le prétendu commandement de porter le voile n'est pas admis par tous les musulmans.

En quoi suis-je concernée ? Je ne le suis pas directement et ne compte jamais céder à cette mode vestimentaire, sans exclure pour autant de me protéger la tête avec mon écharpe quand le soleil tape dur, tant pis si cela prête à confusion.

Assurément, c'est à celles qui le portent de savoir si cela leur convient ou non. Aussi ridicule et laid que cela me paraisse, je n'ai pas l'intention de tenter de les en empêcher. De même pour les barbes hirsutes et les robes et les petits bonnets bizarres de certains bonshommes, bien que je les trouve repoussants.

Néanmoins, l'idée que les femmes devraient se couvrir plus que les hommes pour des raisons de « pudeur » me hérisse extraordinairement. C'est probablement parce que je suis féministe et peut-être un peu parce que je suis de la patrie de Molière :

Je pourrais vous voir nu du haut jusques en bas

Que toute votre peau ne me tenterait pas.

Cela dit, je ne suis pas bon enfant au point de prendre l'interdiction du voile à l'école pour une mesure d'émancipation féminine. Déjà parce que l'émancipation féminine n'est pas la grande préoccupation du législateur au quotidien, et surtout parce que ce n'est pas en étant exclue de cours que l'intéressée a des chances d'évoluer beaucoup, en admettant qu'elle y soit disposée. Pour cela, je rejoins Christine Delphy, sans prendre le même parti pour autant. La vérité est ailleurs.

On s'inquiète de cette exhibition de piété suspecte et épidémique, car si le motif était bien religieux, si la « pudeur » seule était en jeu, comment se fait-il qu'entre les mille et une manières de cacher sa peau et ses cheveux, les prudes choisissent précisément celle qui leur donne l'air de débarquer d'ailleurs, voire d'Arabie Saoudite dans les cas extrêmes ? Et à ce propos, c'est une drôle de notion de la pudeur que de tout faire pour se faire remarquer.

Trêve de balivernes, ce n'est pas davantage une tradition que de la pudeur, car une tradition ne se choisit pas ; elle s’hérite de mère en fille, de père en fils, sans poser de question. Ce n'est donc ici qu'un simulacre, un déguisement, tout comme si je prétendais perpétuer une tradition en portant la fraise en référence à Catherine de Médicis. Je ne poursuis pas une tradition en m'habillant différemment de ma mère.

En conclusion, quels que soient les motifs des femmes et des hommes pour s'habiller à l'islamique, par ces signaux, les gens concernés montrent aux Français qu'ils ne sont pas des leurs alors qu'ils choisissent de vivre en France. Et cela, je le dis comme je le sens, est particulièrement difficile à supporter pour l'esprit français.

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samedi 26 mars 2016

Au revoir, les enfants

Ce n'était rien. Quelques minutes au bloc et le tour était joué. Je n'aurai pas d'enfant par mégarde. Mes trompes sont hors d'état de nuire.

Je peux à présent m'abandonner sans crainte entre les bras d'un homme. Le seul regret à avoir est de ne pas avoir franchi le pas plus tôt, mais il est probable que l'on m'aurait alors déboutée sans autre forme de procès. J'ai donc atteint l'âge conventionnel où la conviction de toute une vie finit par être prise au sérieux.

La technique est fort simple, ce sont les soignants qui compliquent généralement l'affaire. Hélas, dans les profondeurs inaccessibles de son propre ventre, on ne peut proprement s'implanter soi-même ; à moins de se mutiler, on est fatalement tributaire de la bonne volonté du docteur un-e-tel-le, ce qui n'est pas du tout cuit. Je me souviens par exemple de cette gynécologue à l'accent roumain qui m'a refusé la pose d'un simple stérilet. Outre son arbitraire mépris de ma légitime demande, il me semble juste de qualifier son acte d'inconscience, car si un autre accident s'était produit, elle en aurait été, de fait sinon de droit, aussi responsable que moi. J'ignore le motif de sa défection, mais je garde en mémoire le souvenir d'affiches roses et mièvres jusqu'à la niaiserie qui ornaient son cabinet pour exalter la maternité, propagande qu'évidemment je déteste.

 

Ainsi, m'envoyer sur les roses ou à ses confrères comme elle l'a fait, c'était m'imposer un délai de six mois au moins pour obtenir un rendez-vous ailleurs, sans être plus sûre pour autant de l'accueil qui me serait réservé. J'estime que ce médecin a failli à son rôle.

Néanmoins, j'ai repris récemment mon courage à deux mains pour trouver à qui m'adresser en vue de résoudre définitivement la question, car à coup sûr, contrairement à d'autres actes médicaux, aucune publicité n'est faite à la stérilisation volontaire.

Après une recherche dans l'annuaire, lors de mes appels aux centres de planning familial on m'a renvoyée d'un service à un autre jusqu'à ce qu'enfin un nom de médecin surgisse providentiellement du combiné, celui d'un gynécologue exerçant en milieu hospitalier.

Un rendez-vous, un entretien ont rapidement pris place, où, malgré ses tentatives récurrentes de me proposer de préférence un stérilet, le Dr Cohen a finalement dûment pris en compte la volonté que j'ai exprimée d'être stérilisée définitivement. Ensuite, quatre mois de délai légal ne m'ont évidemment pas éloignée d'une certitude de vingt ans ; et aujourd'hui le problème est réglé. Merci Docteur !

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samedi 14 novembre 2015

Temps de guerre

Vous verrez une pluie de bombes

Qui, tombant, ouvriront vos tombes.

Vous verrez un ciel tiraillé

De tonnerre et d'éclairs d'acier.

Le feu d'en-haut comme une trombe

Transformera en catacombe

Les bâtisses de vos cités

Lorsqu'en de funèbres bûchers

Allumés par l'aveugle rage

Des froids instruments du carnage

Rôtiront vos restes épars

Semés dans les sillons des chars.

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lundi 29 juin 2015

IIIVG

Je veux consacrer quelques lignes aux cagots acharnés et autres fanatiques de la natalité lancés en éternelle croisade non seulement contre l'avortement, mais même contre toute entrave à la conception. Ouvrons l’œil, ils sont parmi nous, tout droit débarqués d'un autre âge comme d'une lointaine planète et leurs discours monolithiques traversent l'enfilade des siècles comme des grains de chapelet sans varier d'un pouce. Les uns crient au péché et à l'abomination, les autres à la dépopulation et tout cela peut évidemment volontiers faire chorus.

En France et ailleurs, la licéité des pratiques contraceptives a été arrachée à l'obscurantisme après de longues années de lutte protéiforme, vaillante et persévérante. Toujours condamnée par l'Eglise catholique - dont les ministres ne craignent, en passant, ni la grossesse, ni l'embarras des charges familiales-, elle était encore textuellement proscrite par la loi française il y a moins de cinquante ans en vertu d'une triste loi de 1920.

A présent qu'elle s'est banalisée, tout comme la sécurité sociale, peut-être oublie-t-on un peu vite combien la contraception est révolutionnaire. Sa mise en place fournit à l'humanité un espoir tangible de vaincre la fatalité génésique aussi merveilleusement que l'aéronef permet de vaincre la pesanteur.

Souvent, toutefois, parce qu'elle représente l'aube balbutiante d'une ère nouvelle pour mon sexe, se plaît-on à qualifier la régulation des naissances de progrès féministe, de pouvoir octroyé aux femmes, -dérobé aux hommes- affirment certains, frustrés du loisir d'engrosser qui bon leur semble.

 

 

Or, d'une part, les hommes tirent aujourd'hui des procédés contraceptifs de très grands avantages, à frais et efforts minimes, que je n'ai nul besoin de détailler ici, d'autre part, si l'on y réfléchit, à l'époque de sa légalisation, la conjoncture faisait de la régulation des naissances une urgente nécessité sanitaire et sociale.

En effet, alors qu'au 19e siècle, c'est à dire avant-hier à peine, la mortalité infantile était prégnante, elle est devenue quasi nulle par la suite, du fait d'un développement efficace de la médecine et de l'hygiène. Cela a du bon. Seulement, là où la mortalité disparaît, il importe que la natalité diminue en proportion, sans quoi l'on finit noyé dans un excédent démographique incontrôlable. Ajoutons que la fécondité humaine est particulièrement forte, car la période de fertilité féminine est particulièrement longue. Aucune vache ne vit et à plus forte raison ne vêle si longtemps.

Cependant, au cours des débats de 1967 à l'Assemblée, la plupart des intervenants affirment qu'une forte natalité est souhaitable où conviennent du moins qu'il importe de la favoriser. D'où vient cette hantise de la dépopulation alors que la population française n'a jamais cessé d'augmenter ? Je suis une fois encore de l'avis de Madeleine Pelletier (L'Emancipation sexuelle de la femme):

« Il faut le reconnaître, en préconisant la fécondité, les partisans de la hiérarchie sociale sont logiques. La surpopulation va avec l'ignorance, avec la crédulité ; or, s'il est facile de vivre luxueusement aux dépens d'un peuple ignorant qui est en général timide, cela est beaucoup moins aisé lorsque le peuple cultivé devient frondeur et demande des comptes.

Les formes modernes de la domination étant surtout économiques, le seigneur d'aujourd'hui, grand industriel, tient à ce que ses ouvriers soient prolifiques.[...]

Les contempteurs de la dépopulation exaltent la guerre, c'est encore logique, la guerre renforce l'autorité. Tant que le peuple est occupé à faire la guerre, ses révoltes ne sont pas à craindre. Eternel dupé, il oublie ses légitimes griefs contre les classes dirigeantes ; il ne songe plus qu'à la patrie en péril, ne comprenant pas qu'en régime capitaliste, la patrie n'a de réalité que pour les riches, lui pouvant être sûr de trouver toujours, quel que soit le nom et le gouvernement du pays, son taudis et son travail.[...]

[C'était en 1911...]

Aussi la conception de la guerre comme moyen de division à une situation politique ou sociale inquiétante a-t-elle de nombreux défenseurs dans la classe riche et, si l'on ne la met pas plus souvent en pratique, c'est que les gouvernants, mieux informés des sentiments populaires que les particuliers savent que les choses ne sont plus aujourd'hui ce qu'elles étaient autrefois. C'est jouer gros jeu qu'entreprendre une guerre, sait-on si au lieu de la diversion qu'on espère, elle n'apportera pas une révolution ? »

J'ajoute que les intéressés ne s'embarrassent pas de contradictions : promettre l'extinction de la nation, de la race en cas d'autorisation de la contraception et de l'avortement, c'est présumer que la majorité des enfants sont mis au monde par contrainte. Cela contredit diamétralement la supposée vocation maternelle des femmes, à laquelle ces gens-là tiennent tant, pourtant.

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jeudi 11 juin 2015

IIVG

Que se serait-il passé pour moi si l'IVG n'avait pas été légale ? Ou si, pour une raison quelconque j'avais passé le terme autorisé ? Le milieu hospitalier m'aurait fermé sentencieusement ses portes avec force remontrances et mépris et je serais restée aux prises avec mon envahissant fardeau et l'horreur viscérale de le savoir en constante inflation, à l'intérieur de mon propre ventre, contre ma propre volonté.

Je serais peut-être devenue folle, ou pour le moins enragée. Il est certain, en tout cas, que j'aurais tout tenté pour me délivrer de cette horrible invasion et que ni la perspective de ma mort, ni celle de lésions irréversibles, ni même celle du bagne ne m'en auraient dissuadée. Si cela paraît extrême, je témoigne qu'extrême était ma résolution.

Comment tout cela est-il arrivé, au juste ? Ce n'est évidemment pas par l'opération du Saint-Esprit. C'est qu'il y avait à l'époque un jeune homme qui vivait chez moi, attachant dans son imperfection, comme les hommes peuvent parfois l'être. Comme toujours en pareil cas, nous faisions régulièrement ensemble des acrobaties d'un genre licencieux. Nous n'étions pas des têtes tout à fait brûlées, cependant. Pour éviter l'arrivée d'un polichinelle dans le tiroir, que nous ne souhaitions pas, nous avons fait usage de préservatifs, ce qui présente en outre l'avantage énorme de limiter d'éventuelles contaminations. Seulement, et c'est regrettable, monsieur s'est assez vite plaint de ne pas apprécier pleinement les douceurs de la chose, à cause de la minuscule épaisseur de latex qu'il y avait entre nous. Alors, j'ai accepté, uniquement pour lui faire plaisir et non par commodité personnelle, d'opter pour la méthode d'Onan. Or, cette fois encore, monsieur n'était pas satisfait ; frustré qu'il était de l'effort (considérable!) de répandre sa semence en dehors du sillon. Encore une fois, je me suis montrée très obligeante. Je croyais pouvoir me fier à des calculs, car j'en avais entendu parler en cours de biologie... Or , je le sais à présent, c'était une très mauvaise idée.

Je ne crois pas mériter ordinairement le nom d'étourdie. Je ne prends pas l'affaire à la légère et regrette d'avoir eu à en arriver là. J'y insiste tout particulièrement : j'ai été victime de ma complaisance envers mon compagnon. Il a eu tous les avantages et moi, tous les désagréments.

Hélas, on ne revient pas en arrière. Après la conception, le compte à rebours commence et tout se précipite. Pourquoi n'avoir pas pris la pilule ?, entends-je murmurer. Est-ce de ma part un défaut d'intelligence ? J'en laisse juge qui voudra, en notant que je ne saurais être responsable de mon intelligence plus que de ma couleur de peau.

Je dirais, moi, que si l'autorisation de la pilule contraceptive est certes votée depuis longtemps, on conviendra que son accès demeure, je ne sais pourquoi, soumis à un protocole des plus rébarbatifs, à savoir l'examen gynécologique, alors surtout que je ne vais pas même une fois par an en consultation médicale en moyenne.

Il ne s'agit pas seulement, à rebours de toutes les conventions sociales, d'exposer en deux temps, trois mouvements sa vulve aux regards scrutateurs de quelqu'un qu'on rencontre pour la première fois de sa vie, dans une posture tout à fait incongrue, mais de subir en plus une fouille gaillarde au moyen d'instruments inquiétants au plus profond de ses entrailles. Étant le contraire d'une exhibitionniste, ce n'est pas le genre de réjouissances après lesquelles je cours. Voilà mon crime, en vérité ; je n'avais pas eu le courage au préalable de laisser quelqu'un fourrager mon corps avec un spéculum.

J'avais espéré me soustraire à l’œil scrutateur de la Faculté ; hélas non, il est écrit que la femme sera observée à la loupe jusque dans ses tréfonds par l’œil paternaliste du médecin. J'ai dû m'y résigner pour éviter une catastrophe majeure. Et alors on m'a flanqué un délai de réflexion, comme si j'avais un doute, et un entretien avec une conseillère en je-ne-sais-quoi et un anesthésiste bien que j'aie choisi l'option médicamenteuse. Tout cela pour avoir voulu faire plaisir à mon compagnon...

Ma conclusion et l'objet de mon propos est que dans cette histoire, j'ai failli, sans doute, mais force est d'admettre que l'on m'y a poussée.

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samedi 6 juin 2015

IVG

Le 26 novembre n'est pas objet de commémoration nationale et pourtant c'est une date mémorable de l'Histoire de France. C'est la date de mon anniversaire. Et c'est sept ans jour pour jour avant ma naissance que s'ouvraient à l'assemblée nationale des débats décisifs portant sur la modification de la législation sur l'avortement.

A partir de la promulgation de loi consécutive à ces débats, il a été possible pour les femmes en France de mettre légalement terme à leur grossesse dans un délai de dix semaines par l'intervention d'un médecin.

J'ai eu la chance au cours de ma vie de pouvoir recourir aux voies légales que cette loi ouvrait enfin, sans avoir bien conscience de la boucherie à laquelle j'ai échappé à ce moment-là.

Qu'est-ce à dire ? Qu'auparavant il fallait se débrouiller avec les moyens du bord, en risquant sa peau, sa santé, pour le moins, et des sanctions pénales par dessus le marché.

En pratique, l'avortement artisanal consistant à provoquer une infection utérine qui tourne facilement à la septicémie, une femme qui ne voulait pas accoucher pouvait bien crever dans l'opprobre et la pourriture sans émouvoir les tenants de l'ordre moral, qui font dans la morale, pas dans le sentiment.

Cela dit, je croyais sottement que la France, en autorisant l'IVG, m'avait reconnu la liberté de disposer de mon corps. Quelle présomption ! C'était surtout qu'on a trouvé qu'il y avait, du fait de grossesses non désirées, un peu trop d'agonisantes et de mutilées pour une ère où la médecine était devenue si performante. J'ai lu Avortées clandestines de Xavière Gauthier, je crois que cela aide à bien comprendre.

La stratégie argumentative et persuasive de Simone Veil à l'époque a été habile, c'est certain, face à l'enlisement moyenâgeux des cervelles législatives, leur frilosité électorale et leurs préoccupations carriéristes. J'ignorais aussi qu'en fait le projet de loi autorisant l'IVG émanait du Président Giscard d’Estaing. Je n'aurais jamais imaginé être redevable à Giscard de quelque manière que ce soit. Mais pourquoi ce Monsieur propre sur lui se serait-il subitement soucié du répugnant sort des femmes ? Il ne me paraît pas extravagant de supposer, comme le suggère un téléfilm très réussi, que l'idée lui a été soufflée (sur l'oreiller?) par Françoise Giroud, alors secrétaire d'Etat à la condition féminine. A quoi cela tient, tout de même...

En fin de compte l'assemblée de 1974 a daigné légaliser l'avortement, mais à condition sous-entendue que la natalité ne diminuerait pas. Toujours cette foutue natalité !

A propos, nous avons encore fêté les mères cette année ; moi, je veux fêter ma Libération.

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vendredi 29 mai 2015

Itinéraire ordinaire d'une piétonne

Le paradoxe de la rue est d'être un espace balisé, surveillé, sous la réglementation stricte et guindée des codes et où néanmoins tout peut arriver. Tout...

N'étant ni oiseau, ni mouche, pourtant, on n'a pas d'autre choix que d'y passer pour se rendre d'un point à un autre. Cela va de soi et c'est bien la moindre des choses que de battre le pavé. A découvert, on plonge, on se risque fatalement dans le grouillement d'un milieu urbain qui concentre des milliers voire des centaines de milliers d'habitants.

Je suis immanquablement tentée de m'y croire invisible tandis que toutes ces masses en mouvement qui arrivent en face de moi dans leurs trajectoires désordonnées semblent à chaque fois prêtes à me passer en travers du corps, mais, lorsque d'aventure je suis vue, je n'ai pas tellement lieu de m'en réjouir en général. Je veux parler de ces types, vous savez, qui se permettent tout. Tout...

Encore faudrait-il s'estimer heureuse lorsqu'il ne s'agit que de sifflements et commentaires à voix haute, sans l'adjonction du geste. Et puis il faut dire un mot de ceux qui s'imaginent que les passantes qu'ils convoitent sans retenue vont tomber à genoux devant eux pour un petit billet que dans leur libéralité ils sont tout prêts à leur offrir. Eh quoi ! N'attrape-t-on pas la femme avec un biffeton de même que le poisson avec un ver ?

D'autres encore vous disent simplement bonjour, mais d'une façon telle qu'on n'en peut concevoir que de la gêne si ce n'est de l'inquiétude.

J'en ai refait le constat il y a peu. En chemin vers un lieu où j'avais quelque affaire, voilà que dans mon dos quelqu'un me dit bonjour. C'était peut-être une vague connaissance, quelqu'un de déjà vu quelque part, sait-on jamais ? Dans cette hypothèse, je rends le bonjour, par pur automatisme, et constate que la tête ne me dit rien, dans tous les sens qu'on peut donner au terme.

- Ça va ? S'enquiert l'individu.

- Ça va. Grommelé-je.

- Tu fais quoi ?

(L'idiot...)

- Je marche...

- Tu vas où ?

(Quel pot de colle !)

- Ça ne vous regarde pas.

- Viens, on va au parc.

(Il est malade, celui-là... qu'est-ce que c'est que cette histoire de « parc » ?)

- Non.

Hourrah, il s'éloigne. Je remarque qu'il marche beaucoup plus vite que moi. Je ne pouvais guère espérer lui échapper en courant. Sa familiarité est consternante, et quand je dis cela je ne compte même pas le tutoiement. C'est incroyable : alors qu'il vient de jaillir d'un vide cosmique qui lui allait comme un gant, ce type a imaginé parvenir en un claquement de doigts au dernier degré d'intimité avec une inconnue en dépit de son physique assez ingrat et d'une conversation du même ordre. Et comment ne se rend-il pas compte qu'il me déplaît franchement ?

Misère ! Il revient à la charge. Je prends la résolution de ne plus lui adresser ni un regard, ni une parole.

- Tu vas où ?

(Tais-toi et marche.)

-Viens, on va au parc.

J'ai brusquement la sensation d'être prise en chasse par un taon de six pieds de long, décidé à ne pas me quitter. Il est hors de question qu'il me suive un pas plus loin, mais je suis pressée, je me sens piégée.

-Eh, laissez-moi tranquille !

Je n'aime pas le ton implorant avec lequel j'ai dit cela ; je suis déçue aussi de ne pas m'être tenue à ma résolution, mais j'ai le soulagement d'entendre de mon pisteur « d'accord, excuse-moi » et de le voir filer pour de bon. Il m'avait bien semblé, pendant un moment, qu'il allait me sauter dessus.

En toute honnêteté, même si certains osent soutenir en pareil cas qu'il s'agit d'un hommage rendu à mes charmes, cela n'a rien de flatteur à vivre, moins parce que je trouvais l'homme laid que pour son inélégance de me supposer à disposition, en libre service. Ca ne m'étonnerait pas qu'il en poursuive assidûment une bonne vingtaine par jour de la même façon.

Ce qui me frappe le plus est que ce gars-là s'est montré absolument hermétique aux signaux physiques de réticence que j'avais manifestés alors qu'il a immédiatement pris en compte ma demande explicite qu'il s'arrête. Cela laisse conjecturer qu'il ait pu ne pas percevoir ma répulsion. D'où viendrait donc cette forme d'autisme, cette incompétence à déceler les émotions de l'autre ? Est-ce la frontière du sexe qui arrête chez lui les facultés empathiques ? Si c'est le cas, il est certain que la communication ne sera pas chose aisée.


" S'affranchirait-elle au reste des voisins que de sa liberté, la célibataire ne saurait guère qu'en faire ; la société tout entière lui rappelle à chaque instant qu'elle appartient au sexe esclave. Dans la rue, elle est en but aux grossièretés masculines.

Jeune et jolie, les hommes l'interpellent de mots obscènes, de propositions ordurières ; parfois à la parole ils joignent le geste, l'attouchement graveleux. Disgraciée de la nature, la passante essuie des quolibets ; l'homme laid passe inaperçu, mais la femme n'a pas le droit d'être laide. Vieille, on injurie son âge. En Angleterre la femme, mieux respectée, n'a pas à subir ces avanies, mais en France les mœurs sont restées à cet égard ce qu'elles étaient aux temps barbares. Des règlements de police protègent les hommes contre les assiduités des raccrocheuses, mais la femme, sans doute parce qu'elle est plus faible, est laissée sans protection à la merci des raccrocheurs. Dans les rues pour l'entretien desquelles on ne manque pas cependant de lui demander sa contribution, elle est comme en pays ennemi, aussi elle se hâte.

A la campagne, c'est pis qu'à la ville. Dans la rue, la femme ne court guère que le risque d'être suivie et insultée ; à la campagne les risques sont plus graves, aussi s'abstient-elle de s'y promener. Espérons qu'enfin, un peu de lumière entrant dans leur intelligence, un peu de dignité dans leur caractère, les femmes apprendront à être capables de se défendre."

 

Madeleine Pelletier, L’Émancipation sexuelle de la femme, 1911

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lundi 4 mai 2015

Les règles du jeu

Certains instants du quotidien le plus plat on parfois la puissance de révéler à eux seuls, l'air de rien, des profondeurs méconnues et troubles de la condition humaine au féminin. Et c'est dans un lieu aussi peu propice à l'épanouissement de la pensée que les caisses d'un supermarché que je me suis trouvée l'autre jour en présence d'un drame aussi terrible qu'insoupçonné. Je suis, au demeurant, quelque peu contrite de me mettre en scène, le sujet l'impose, dans un commerce de ce genre, mais rares sont ceux, je crois, qui n'y mettent jamais les pieds.

Occupée, donc, à disposer sur la piste rotative d'un tapis roulant les denrées conditionnées dont, tout aussi conditionnée, je m'apprêtais à me sustenter quelques jours, j'avais devant moi une jeune demoiselle, blonde et svelte, tenant à la main une boîte à peu près cubique qu'elle pressait contre elle. M'attendant à ce que l'intéressée place, tôt ou tard, l'objet à payer sur le tapis, comme il est d'usage, je veillais à laisser quelques centimètres carrés disponibles à son intention avant d'y aligner mes propres futures acquisitions ; or, il se trouve que mes provisions ont atteint l'extrémité du tapis sans qu'aucun article ne s'insère dans l'intervalle, si bien que la caissière, conservant sa cadence, a saisi sans tarder le premier des miens. Je ne sais comment au juste celle qui tenait la caisse a été avertie du court-circuit qu'elle avait opéré, car je n'ai pas entendu un murmure venant de la jeune fille, mais de l'autre côté de la caisse, il y a eu un « ce n'est pas à vous ? ». Je confirmais d'un « non, c'est à moi ».

Il a fallu que je passe en tête puisque l'annulation de plusieurs articles aurait verrouillé le système informatisé de la caisse et immobilisé la file pour plusieurs minutes ; pour sûr, je ne me suis pas fait prier, un peu surprise, en parallèle, du silence complet de la cliente que je venais de doubler sans tricherie, par ce concours de circonstances. Intriguée par son immobilité et son absence de protestations, j'ai observé plus attentivement ce qu'elle avait à la main et reconnu sans hésitation le nom célèbre d'une marque de tampons hygiéniques.

C'était donc cela ! C'était pour cacher la nature embarrassante de son achat que la malheureuse l'avait gardé à l'abri incomplet de ses paumes ; c'était pour garder secret l'unique objet qu'elle était venue se procurer dans ce magasin. Seulement par un revers d'ironie tragique, le système qu'elle avait employé pour dérober aux regards son acquisition a justement eu la propriété de produire l'effet tout opposé, pour avoir été suivi trop scrupuleusement. Comme un malheur n'arrive jamais seul, cette jeune personne a obtenu en prime que la caissière lui fasse la leçon. La prochaine fois qu'elle voudrait passer devant, il faudrait le lui dire, professait cette dernière... L'autre ne répondait rien, regardait les murs, paraissait mortifiée. D'un sursaut justicier tardif, je rectifiais, pour tenter de venir en aide à la cliente en difficulté : c'était parce qu'elle n'avait pas posé son « article ». Consciente du désarroi de la jeune femme, je prenais soigneusement la précaution de ne pas nommer l'article en question. Mais la caissière de poursuivre à l'attention de la victime qu'il faut poser les articles sur le tapis, faute de quoi, elle, la caissière, ne s'y retrouve plus, etc. Sur ces entrefaites, mes affaires emballées, je quittais les lieux d'un pas aussi leste que possible, comme j'aime à le faire.

Quel enseignement tirer de cette aventure ? J'observe – je l'ai vu de mes yeux – qu'il existe des femmes qui vivent si honteuses de leur menstruation, c'est-à-dire de l'accomplissement pur et simple du cycle naturel de leur organisme, commun, sauf anomalie, à toutes les femmes, si honteuses que même entourées de femmes exclusivement, elles se trouvent pétrifiées à la seule perspective de dévoiler qu'elles sont concernées par ce qui n'a rien d'un secret.

Pourquoi se tourmenter ainsi ? Qui enseigne aux filles une telle déconsidération d'elles-mêmes ? Est-ce une honte de saigner ? Faut-il faire mine d'ignorer ce saignement périodique et nier coûte que coûte la réalité évidente de son corps ? Comment une telle gêne peut-elle entourer un fait si ordinaire, si universel ?

Tout cela est d'autant plus déconcertant que la télévision exhibe à outrance cet aspect particulier de la vie des femmes, changeant l'événement mensuel en abonnement quotidien. Il semble même que la publicité porte ses fruits dans la mesure où les tampons choisis par la demoiselle n'étaient manifestement pas n'importe lesquels ni les meilleur-marché non plus.

Soit dit en passant, la protagoniste de cette histoire s'épargnerait bien des supplices en se servant d'une coupe en silicone réutilisable au lieu de toutes les boîtes de tampons qu'elle doit bravement aller quérir avec tous les déchets qui s'ensuivent. Pour ma part, comme je préfère réserver au plaisir l'introduction d'objets , j'utilise des textiles en guise de serviette. Et s'il est vrai que je consomme une certaine quantité d'eau pour les laver, cette eau, du moins, ce n'est pas mon sang, bien qu'impur aux dires de certains, qui la pollue.

Toujours est-il que cette jeune femme, telle que je l'ai vue, subit deux influences néfastes : celle de l'appareil social de stigmatisation qui pèse insupportablement sur le corps féminin et celle de normes de consommation ritualisées. Voilà ce que j'en retiens.

En fait, je n'imaginais pas qu'on pût avoir honte de ses règles. Je me souviens au contraire d'en avoir été si fière la première fois - j'étais en sixième - que j'aurais pu le dire à tout le monde. Depuis ce temps, bien sûr, je n'en fais plus si grand cas, mais tout de même, ce n'est pas rien de pouvoir saigner cinq jours de suite sans crever, comme le décrit une plaisanterie de mauvais goût. J'y vois un symbole de résistance et d'endurance à la douleur dont les fiers-à-bras qui se prévalent de leurs muscles ne sont pas souvent capables. Et d'une certaine façon je suis attachée à ce messager qui frappe à ma porte une fois par mois pour me remettre une missive où je puis lire :« rien à signaler».

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mercredi 5 novembre 2014

Un monde qui ne cesse jamais de s'écrouler

« Nous avons vu que l'hypocrisie pathétique du fait divers à travers les communications de masse  exalte de tous les signes de la catastrophe (morts, meurtre, viol, révolution) la quiétude de la vie quotidienne. »

Jean Baudrillard, La société de consommation

Incongru comme un paradoxe, surnage, dans une zone de l'univers où se borne mon existence, un train-train paisible au milieu du chaos général, seulement, je ne sais pour combien de temps encore.

Gagnée par l'inconcevable habitude de voir passer devant ses yeux des images de charniers à n'en plus finir, la conscience contemple assez froidement les catastrophes s'abattre sur les autres comme un rituel familier.

File:AtomicEffects-p34b.jpg

Des séquences filmées par des reporters traqueurs de mort me font voir les derniers instants d'individus d'ici ou d'ailleurs avant qu'ils soient abattus comme des dominos. L'image du réel est choquante de banalité ; on voit simplement quelqu'un tomber et rester à terre, sans orchestre symphonique en fond sonore et sans phrase grandiloquente pour la postérité.

Ironie supplémentaire : je ne prends connaissance de l'existence de ces gens que pour assister à leur mise à mort, si bien que ces cohabitants de planète ne se mettent à exister pour moi qu'au moment où ils n'existent plus.

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samedi 27 septembre 2014

Principe de population

On qualifie de malthusiens ceux qui craignent l'explosion démographique mondiale, mathématiquement certaine si le taux de natalité global reste supérieur au taux de mortalité, ce que rien ne semble prévenir pour le moment si ce n'est l'éventualité d'une guerre titanesque ou la pénurie prochaine d'énergies avec lesquelles il faut bien compter.

Je suis de la catégorie des inquiets, c'est pourquoi j'ai voulu en savoir plus long sur l'illustre patronnage que l'on m'attribue. Aurais-je fait depuis toujours du malthusianisme sans le savoir ? Eh bien non, et je dirai pourquoi.

Néanmoins, la lecture de l'essai sur le principe de population m'a paru du plus haut intérêt dans la conjoncture actuelle, car bien des axiomes de ce texte, déjà vieux de deux-cents ans, ont résonné dans mon esprit avec la voix d'un personnage d'aujourd'hui. C'est dire si l'intelligence de la société a oublié d'être en avance sur son temps.

En peu de mots, le principe de population relève d'une analyse économique examinant le rapport entre la démographie et les ressources vitales. Ainsi, pour que chacun ait au moins de quoi vivre, il faut que les ressources disponibles soient en quantité suffisantes pour nourrir tout le monde. Or, la fécondité humaine fait que la population croit spontanément plus vite que la production de ressources. Lorsque la population est trop nombreuse pour les ressources disponibles survient la misère. Il convient donc, pour faire un sort à la misère, de maintenir l'accroissement démographique en deçà de l'accroissement de la production alimentaire.

Jusqu'ici, je suis on ne peut plus d'accord avec Malthus et je reste estomaquée en voyant des gens qui peinent à se nourrir eux-mêmes faire des quantités d'enfants. La suite, en revanche, nous sépare, car Malthus est un pasteur anglican du 18e siècle avant d'être un économiste. Malthus considère comme une loi nécessaire que l'abondance de ressources accessibles aux classes les moins aisées entraîne mécaniquement une augmentation considérable de natalité qui impliquera mathématiquement la pénurie et la misère pour la nouvelle génération. Il préconise donc de laisser les pauvres toujours à la limite du besoin, sans système d'aide sociale, donc sans redistribution, pour qu'il soient découragés de se marier – ce qui, pour l'époque, suppose la procréation - avant d'avoir fait des économies, tandis que les plus aisés n'auraient pas à payer de contribution sociale et procréeraient à leur guise. J'appellerais cela de l'eugénisme de classe, purement et simplement.

Je préfèrerais, pour ma part que l'élite montre l'exemple lorsqu'il s'agit de réformer la société. Par bonheur, quelque peu – trop peu - dégagés du carcan de la religion, nous admettons aujourd'hui la possibilité d'une sexualité sans procréation et d'un contrôle des naissances. S'il y a un progrès à faire, c'est bien dans ce sens, y compris dans les pays développés pour simplifier l'accès à la contraception dès la puberté, pour privilégier des techniques de contraception non chimiques, c'est à dire s'émanciper de la mainmise pharmaceutique, afin que la faune aquatique et incidemment le reste des espèces n'aient pas à subir les conséquences de ces pratiques, et surtout, pour que les autorités et les institutions cessent de vénérer la fécondité comme elles encensent la croissance. Le système des allocations familliales n'est-il pas né de l'intention de rétribuer la fécondité ?


Inde: un bonus pour retarder la conception des... par afp

Selon une propagande enveloppée d'un vernis savant, on raconte qu'il faudrait pour des raisons économiques que le nombre des jeunes soit toujours supérieur à celui des vieux, comme si une tranche d'âge au chômage pouvait cotiser pour les aînés. On raconte qu'on ne pourra pas payer les retraites, et c'est un prétexte pour les confisquer. Or le vieillissement de l'âge moyen que l'on constate n'est le fait que d'une seule génération en surnombre. Vingt ou trente ans plus tard, une fois que les bébés de l'après-guerre auront quitté la scène, l'âge moyen de la population reculera à nouveau.

Pourquoi voudrait-on vivre serré comme des poulets de batterie ? N'est-on pas déjà à l'étroit dans les villes ? Est-ce vraiment votre idée du bonheur ? Pour moi, c'est un pur cauchemar.

Cependant je ne suis guère malthusienne, dans la mesure où ce personnage développe des préceptes que l'on nomme aujourd'hui néolibéraux. Malthus propose même de créer un système d'éducation nationale pour diffuser ce qu'il appelle la Raison et qui ressemble plutôt à de la propagande. Les pauvres sont jugés responsables de leur sort, il ne faut rien leur donner, à moins qu'ils ne se montrent méritants... en travaillant, parce que Saint Paul a dit, il y a bien longtemps, « qui ne travaille pas n'a pas le droit de manger ».

Allons, fi du chômage de masse impliqué par l'automation et la délocalisation que les gestionnaires réalisent délibérément avec la complicité de la classe politique. Il faut préserver les intérêts des possédants tout en promettant une ascension sociale au mérite. Ca ne vous rappelle rien ?

Addendum

Je ne veux pas avoir, avec mon précédent raisonnement, l'air de soutenir ce que je désapprouve. Il se trouve que mon dernier envoi est, par hasard, quasi concommittent de l'annonce de modifications de politique familliale concernant congé parental et prime de naissance. Au sujet de la dévaluation de la prime de naissance, il est évident, en l'occurrence, qu'il ne s'agit que d'une coupe budgétaire, j'oserais même dire un détournement de fonds dans le cadre de directives du gouvernement paneuropéen.

http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/36/99/84/PDF/PolitiquesFamiliales_PP_0611.pdf

Quant à la réduction de la durée légale du congé maternel ( passant de 30 à 18 mois), il est difficile de succomber au subterfuge qui consiste à en appeler à l'Egalité lorsqu'il s'agit de restreindre des droits pour les employées.

L'organisation capitaliste de la société a en quelques décennies réussi à transformer la majorité des femmes adultes en salariées et demandeur d'emploi sans les soustraire le moins du monde aux tâches domestiques et on déclare les femmes émancipées, comme si un salaire de survie constituait la liberté. Et maintenant il s'agit de restreindre leur possibilités légales d'interrompre leur activité professionnelle en cas de maternité, mais la restriction des options offertes aux salariées n'est, de fait, avantageuse que pour l'employeur, car si la mère souhaite s'occuper plus longtemps de son enfant en bas âge ou ne peut financièrement le faire garder, elle devra renoncer à son emploi.

http://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/paroles-chercheurs/olivier-thevenon/

Posté par CcileA à 19:02 - Commentaires [1] - Permalien [#]
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