Puisque je vous le dis

jeudi 17 mai 2012

De la Justice

Assez de beaux discours, musique d’hémicycles. L’humanité est pourrie jusqu’au trognon. Et c’est risible et vain de brandir son honnêteté en étendard, car tout comme les fruits entassés dans un même panier se communiquent la moisissure et de proche en proche se flétrissent rapidement, ainsi les gens du meilleur monde ne sont-ils jamais bien loin d’une abjecte bassesse ou d’une lâcheté déplorable.

Et toujours on s’applique à discuter de crimes, omettant peut-être que le crime d’ici sera nommé justice ailleurs ou en un autre temps. En effet égorger, violer, lapider, pendre, démembrer, sont de hautes œuvres de la justice des hommes, surtout envers des femmes entièrement à leur merci. Faut-il qu’elles soient perverses pour commettre de mauvaises actions étant enchaînées !

Cependant, partout des tortionnaires et des assassins jouissent de libéralités judiciaires et même de la tendresse du public. Or, lorsqu’on fait grâce à l’étrangleur de sa compagne, lorsqu’on assure des privilèges familiaux à l’époux et géniteur dénoncé pour violence, lorsque le criminel est plaint et entouré d’attentions délicates que l’on épargne aux victimes la société a-t-elle la prétention d’être juste ?

La guerre même, Nations, fait partie de votre justice, car elle a ses lois et ses crimes, grossier sophisme. Ainsi est-il envisageable de détruire en bon droit les habitations sises de l’autre côté de l’eau, avec leurs occupants, de s’emparer des survivants dans les règles de l’art et de la courtoisie. Femmes, vous êtes les premières à pâtir de tels méfaits de justice, mais trop souvent fermez les yeux et  vous empressez de devenir le marchepied de ceux qui vous anéantissent.

En réalité, la vanité des institutions n’a d’égale que celle de leurs représentants. « Réformons ! »  proclame chacun, or le mal se reforme, car il est dans l’œuf ; car, pour qui peut, opprimer est un plaisir et complaire aux puissants, un devoir. Malheur, donc, aux vaincus, malheur aux faibles et aux indigents.

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samedi 5 novembre 2011

Préférer l’utopie à l’aberration

Ne voyez-vous pas une profusion démentielle de denrées comestibles et autres de toute sorte, d’usage courant ou exceptionnel, mais jetables, jetables à discrétion, accumulées à deux pas de chez vous dans des espaces pantagruéliques saturés, encombrés, surchargés de marchandises et de consommateurs, des lieux justement dénommés  grandes surfaces, supermarchés, hypermarchés ?

 

Que s’y passe-t-il ? On y convertit en biens de consommation un salaire que l’on a obtenu en mettant intégralement son travail et le produit de son travail à la disposition d’un employeur ou d’un client qui ordonne, en quoi on se prive délibérément par contrat d’une part de ses journées ainsi que du fruit de sa propre énergie et de ses propres compétences en échange d’un pécule.

 

- Tant mieux, se dit-on, et peu importe qu’on me change en automate, je peux ainsi m’offrir tous les colifichets de l’étalage dans la proportion de mon salaire, pourvu, bien sûr, qu’ils soient à bas prix et par conséquent qu’on les produise au plus faible coût. En vue de quoi cependant les salaires ne sauraient augmenter et il faut bien que l’esclavage abreuve la consommation goulue. Et tant pis pour les autres compétences qui ne sont pas mobilisées par notre emploi.

 

Assurément, l’abondance coule à flots dans ce pays, au point qu’est jeté aux ordures quotidiennement assez de pain pour nourrir des villes entières. Et pourtant certains, et pourtant certaines parmi nous se serrent la ceinture et tendent vainement la main vers des vivres qui se refusent ainsi que Tantale, les pieds dans l’eau voyait fuir à son nez et à sa barbe le boire et le manger. Et quand bien même les indigents mangent, les voilà frustrés par rapport aux autres d’un million de bagatelles sans fond ni forme qui passent à la télévision pour la 8e merveille du monde et dont l’attrait comme les cornets  glacés fond aussitôt qu’on les tient en  main.

 

Mais comment, cette débauche matérielle ne suffit-elle pas ? C’est qu’il faut gagner son pain ; gagner son pain et gagner plus. Voilà notre crédo. « Trouve un emploi », disent les parents à leur progéniture, les professeurs à leurs élèves, les services sociaux à leurs allocataires Ne pas travailler quand on n’a pas d’argent, cela est coupable. En d’autres termes : va te faire intégrer. Mais où donc ?

 

Est-ce qu’on voudra de moi, là où il y a cinquante candidats pour une place, là où il faut que le meilleur gagne, le meilleur étant celui qui plaît. Récapitulons :il faut donc que je plaise à un employeur pour pouvoir m’aliéner à lui par contrat pour pouvoir ensuite obtenir de l’argent pour pouvoir payer à une autre personne le pain qu’elle a fait cuire avec une farine qui a fait travailler un meunier qui a fait travailler des agriculteurs et voilà le prix de mon pain divisé entre tous ces gens-là. Combien diable doivent-ils en vendre à des gens qui leur sont étrangers, des gens du moins avec lesquels ils ne le partagent pas, leur travail étant aliéné lui aussi, pour en tirer une somme honnête ?[*]

 

Et pourtant, n’aurait-on pu cultiver, récolter, moudre et pétrir ensemble ? N’aurait-on pu partager un repas produit en commun sur une terre commune ? Si contrat il faut, si un contrat est à même d’assurer un salaire en argent pour un temps de travail donné, ne saurait-il s’accommoder d’un salaire en nature ? Ne saurait-il imposer une répartition équitable de la production commune ?

Au demeurant, qui est capable de cultiver des céréales, ne saurait donc pas produire des pommes de terre ? des oignons ? un verger ? Un élevage ? Pourquoi enfin, ne produirait-on pas pour consommer soi-même au lieu de sacrifier à d’autres, dont nous n’avons que faire, la sueur de notre front et le résultat de notre labeur. Directement utiles les uns aux autres peut-être les travailleurs se sentiront-il moins hostiles les uns envers les autres. Peut-être pourrait-on veiller à changer en coopération ce qui n’est à présent que compétition.

 

Certes, l’utopie est toujours meilleure que l’homme lui-même, mais il y a double avantage à bénéficier directement de ce qu’on produit : plus de cœur à l’ouvrage et plus de modération dans ses désirs, car on connaît le coût véritable des biens.

 

- Oui, mais si l’on vient à manquer de quelque chose, s’il survient un impondérable, il faudra se procurer d’autres denrées et de l’argent sera nécessaire…

 

- Eh bien qu’on en garde, de l’argent, du commerce, mais que notre survie n’en dépende point dans ses fondements.

 

- Soit, mais cultiver un potager cela se peut à la campagne, mais non en ville.

 

Ne voyez-vous pas, malheureux, malheureuse, que la ville est un gouffre stérile, aussi vorace en énergie que prodigue en gaspillage et en déchets ? Des habitats individuels, des équipements individuels, des véhicules individuels, des loisirs individuels, nous avons bâti un monde de chacun pour soi pour finir par des exclus et d’étranges désœuvrés laborieux, dévorés de solitude qui s’abandonnent aux médicaments et à toute sorte d’addiction. Et on charge de braves personnes qui n’y peuvent pas grand chose de veiller sur leur misère de sorte que sans tant de misère, elles-mêmes seraient sans emploi.

 

Notre mode de vie est une aberration.



[*] Voyez-le prix d’une tonne de blé, vous qui mangez moins de cent kilogrammes de pain par an.

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dimanche 11 avril 2010

La nature humaine

L’HOMME, PRODUIT DE L’EVOLUTION, CONTRE L’EVOLUTION

 

Puisqu’il est de bon ton ces temps-ci d’échafauder des théories préhistoriques autour de la vie sociale, je ne veux pas manquer de proposer la mienne qui me paraît bien valoir les autres.

 

I. L’EVOLUTION FAIT DE L’HUMAIN CE QU’IL EST

Primate, hominidé, homo sapiens représentent différentes étapes évolutives d’une espèce. Comment se produit l’évolution ? Par la sélection des reproducteurs. Les femelles détenant exclusivement la fécondité assurent en cela la fonction essentielle dans la pérennité de l’espèce, elles seront donc recherchées par les mâles qui ne disposent pas de la même faculté. Elles ont l’offre, ils ont la demande. Elles ont par conséquent l’ascendant par rapport au choix de leur co-géniteur, et agissent en arbitres de l’évolution, en gestionnaires de la qualité des gènes. En parallèle les mâles se trouvent, par cet arbitrage, en situation de compétition entre eux ce qui implique que l’accès à la reproduction demande un effort de leur part.

 

II. L’HOMME, PARTISAN DU MOINDRE EFFORT

Ayant acquis grâce à la sélection des gènes, due à la compétition, une conscience et donc une liberté de modifier son rapport à la nature et son comportement social, l’humain vise progressivement à développer son confort et la stabilité de ses conditions de vie qui le distinguent des autres animaux. (Croire en la stabilité, toutefois, c’est nier l’évidence que la vie est mouvement). Le confort implique la recherche de la facilité.

Il se produit ainsi un consensus au sein de l’espèce. Lassés de la concurrence génésique qui engouffre leur énergie, les hommes s’approprient finalement l’utérus fécond par le biais de l’épouse, car l’évolution n’est pas allée assez loin pour détacher l’humain de l’obsession animale de propager son contingent génétique.

Contraintes par le muscle ou séduites par la facilité de compensations matérielles, partisanes, elles aussi, du moindre effort plutôt que de la lutte, les femmes deviennent acquises d’office.

A chaque homme sa/ses promise(s) de droit, à charge alimentaire pour lui en contrepartie d’une obéissance et d’une descendance assurées ;

C’est alors que des mythes viennent tenir lieu de loi de la nature pour enrayer l’évolution désormais ressentie comme un danger pour cette stabilité acquise.

Les hommes, pour qui la procréation est à présent plus certaine et moins prenante, se consacrent à d’autres sujets. Les femmes sont maintenues dans la servitude puisque c’est le ressort essentiel de ce nouveau système. Elles accompliront les tâches ingrates liées aux fonctions vitales et elles seront tenues sous contrôle par rapport à leur fécondité et à la satisfaction sexuelle des hommes.

 

III. REPRISE ENVISAGEABLE DE L’EVOLUTION : LE DEVELOPPEMENT INDIVIDUEL

Or, dans cette organisation artificiellement, mais solidement figée, la technologie évolue malgré tout, par une constante quête de confort et de maîtrise. Des hommes et quelques femmes insolentes et condamnées à l’oubli font progresser la science. Cette dernière permet peu à peu de substituer la machine au bras et de faire un superflu de la pratique esclavagiste. A présent les tâches les plus ingrates peuvent être accomplies par des robots. Les soumis peuvent enfin lever la tête et la supercherie apparaît. Le confort relatif fait émerger la conscience de soi. Ce qu’on croyait nécessaire et inévitable ne l’est plus. L’interrogation des modèles sociaux peut naître. Les exploité(e)s prennent partiellement conscience de la mascarade et cherchent à leur tour à se consacrer à d’autres domaines que ce que l’organisation sociale leur réservait.

Malgré mille résistances conservatrices, l’évolution peut reprendre sur le terrain non biologique de l’accomplissement personnel, d’autant mieux que la science a dévoilé les ressorts de la fécondité et de la mortalité et en permet le contrôle. Elle offre finalement la possibilité de faire de la fécondité un choix.

Quand fera-t-elle émerger la conscience de la non nécessité de la fécondité ? la conscience que si l’espèce a besoin de l’individu pour exister, elle ne lui est rien en retour. Et surtout quand verra-t-on l’inanité du nombrilisme génétique qui motive si souvent le désir d’enfant ?

Qui sait ?

En attendant, le seul avenir qui permette à l’humain de progresser encore dans l’évolution se situe comme toujours dans le dépassement d’une spécialisation de ses fonctions.

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dimanche 20 décembre 2009

Châtiment

Chez lui, l’homme est le maître ; il est chez lui partout…

En son petit domaine il dénature tout :

Le chant céleste de la forêt tropicale

S’évade des cuisines avec l’odeur triviale

De purée en sachet et de bovin haché.

La tortue terrestre, telle un vivant rocher

Traîne sur le carreau sa lente carapace

Ainsi que le mont, par siècle, se déplace.

Dans un globe de verre un timide poisson

Met le monde des eaux au milieu du salon.

De la diversité féconde en toute espèce

On prend ce que l’on veut pour meubler une pièce :

Et quand les flots, le vent, le sol crient : « LIBERTE ! »

L’homme y pose un scellé clamant : « PROPRIETE »

La flore offre sa fleur fertile en sacrifice

A la fantaisie folle de l’humain caprice

Dans un petit pot rond qu’on met sur un balcon.

On veut d’elle des fruits frais en toute saison.

L’univers entier tient dans la poigne de l’homme

En minuscule esclave aussi haut qu’une pomme.

Etouffé dans un sac, jeté dans un cageot

L’animal, fait légume, est marchandé par lot.

Devenu bibelot, le végétal décore

La maison aussi bien que l’art s’y laisse enclore.

Cependant des tyrans chaque tête a roulé ;

Despote universel, ton temps sera compté.

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samedi 30 août 2008

L'habitant d'Abidjan

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ici

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