On qualifie de malthusiens ceux qui craignent l'explosion démographique mondiale, mathématiquement certaine si le taux de natalité global reste supérieur au taux de mortalité, ce que rien ne semble prévenir pour le moment si ce n'est l'éventualité d'une guerre titanesque ou la pénurie prochaine d'énergies avec lesquelles il faut bien compter.

Je suis de la catégorie des inquiets, c'est pourquoi j'ai voulu en savoir plus long sur l'illustre patronnage que l'on m'attribue. Aurais-je fait depuis toujours du malthusianisme sans le savoir ? Eh bien non, et je dirai pourquoi.

Néanmoins, la lecture de l'essai sur le principe de population m'a paru du plus haut intérêt dans la conjoncture actuelle, car bien des axiomes de ce texte, déjà vieux de deux-cents ans, ont résonné dans mon esprit avec la voix d'un personnage d'aujourd'hui. C'est dire si l'intelligence de la société a oublié d'être en avance sur son temps.

En peu de mots, le principe de population relève d'une analyse économique examinant le rapport entre la démographie et les ressources vitales. Ainsi, pour que chacun ait au moins de quoi vivre, il faut que les ressources disponibles soient en quantité suffisantes pour nourrir tout le monde. Or, la fécondité humaine fait que la population croit spontanément plus vite que la production de ressources. Lorsque la population est trop nombreuse pour les ressources disponibles survient la misère. Il convient donc, pour faire un sort à la misère, de maintenir l'accroissement démographique en deçà de l'accroissement de la production alimentaire.

Jusqu'ici, je suis on ne peut plus d'accord avec Malthus et je reste estomaquée en voyant des gens qui peinent à se nourrir eux-mêmes faire des quantités d'enfants. La suite, en revanche, nous sépare, car Malthus est un pasteur anglican du 18e siècle avant d'être un économiste. Malthus considère comme une loi nécessaire que l'abondance de ressources accessibles aux classes les moins aisées entraîne mécaniquement une augmentation considérable de natalité qui impliquera mathématiquement la pénurie et la misère pour la nouvelle génération. Il préconise donc de laisser les pauvres toujours à la limite du besoin, sans système d'aide sociale, donc sans redistribution, pour qu'il soient découragés de se marier – ce qui, pour l'époque, suppose la procréation - avant d'avoir fait des économies, tandis que les plus aisés n'auraient pas à payer de contribution sociale et procréeraient à leur guise. J'appellerais cela de l'eugénisme de classe, purement et simplement.

Je préfèrerais, pour ma part que l'élite montre l'exemple lorsqu'il s'agit de réformer la société. Par bonheur, quelque peu – trop peu - dégagés du carcan de la religion, nous admettons aujourd'hui la possibilité d'une sexualité sans procréation et d'un contrôle des naissances. S'il y a un progrès à faire, c'est bien dans ce sens, y compris dans les pays développés pour simplifier l'accès à la contraception dès la puberté, pour privilégier des techniques de contraception non chimiques, c'est à dire s'émanciper de la mainmise pharmaceutique, afin que la faune aquatique et incidemment le reste des espèces n'aient pas à subir les conséquences de ces pratiques, et surtout, pour que les autorités et les institutions cessent de vénérer la fécondité comme elles encensent la croissance. Le système des allocations familliales n'est-il pas né de l'intention de rétribuer la fécondité ?


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Selon une propagande enveloppée d'un vernis savant, on raconte qu'il faudrait pour des raisons économiques que le nombre des jeunes soit toujours supérieur à celui des vieux, comme si une tranche d'âge au chômage pouvait cotiser pour les aînés. On raconte qu'on ne pourra pas payer les retraites, et c'est un prétexte pour les confisquer. Or le vieillissement de l'âge moyen que l'on constate n'est le fait que d'une seule génération en surnombre. Vingt ou trente ans plus tard, une fois que les bébés de l'après-guerre auront quitté la scène, l'âge moyen de la population reculera à nouveau.

Pourquoi voudrait-on vivre serré comme des poulets de batterie ? N'est-on pas déjà à l'étroit dans les villes ? Est-ce vraiment votre idée du bonheur ? Pour moi, c'est un pur cauchemar.

Cependant je ne suis guère malthusienne, dans la mesure où ce personnage développe des préceptes que l'on nomme aujourd'hui néolibéraux. Malthus propose même de créer un système d'éducation nationale pour diffuser ce qu'il appelle la Raison et qui ressemble plutôt à de la propagande. Les pauvres sont jugés responsables de leur sort, il ne faut rien leur donner, à moins qu'ils ne se montrent méritants... en travaillant, parce que Saint Paul a dit, il y a bien longtemps, « qui ne travaille pas n'a pas le droit de manger ».

Allons, fi du chômage de masse impliqué par l'automation et la délocalisation que les gestionnaires réalisent délibérément avec la complicité de la classe politique. Il faut préserver les intérêts des possédants tout en promettant une ascension sociale au mérite. Ca ne vous rappelle rien ?

Addendum

Je ne veux pas avoir, avec mon précédent raisonnement, l'air de soutenir ce que je désapprouve. Il se trouve que mon dernier envoi est, par hasard, quasi concommittent de l'annonce de modifications de politique familliale concernant congé parental et prime de naissance. Au sujet de la dévaluation de la prime de naissance, il est évident, en l'occurrence, qu'il ne s'agit que d'une coupe budgétaire, j'oserais même dire un détournement de fonds dans le cadre de directives du gouvernement paneuropéen.

http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/36/99/84/PDF/PolitiquesFamiliales_PP_0611.pdf

Quant à la réduction de la durée légale du congé maternel ( passant de 30 à 18 mois), il est difficile de succomber au subterfuge qui consiste à en appeler à l'Egalité lorsqu'il s'agit de restreindre des droits pour les employées.

L'organisation capitaliste de la société a en quelques décennies réussi à transformer la majorité des femmes adultes en salariées et demandeur d'emploi sans les soustraire le moins du monde aux tâches domestiques et on déclare les femmes émancipées, comme si un salaire de survie constituait la liberté. Et maintenant il s'agit de restreindre leur possibilités légales d'interrompre leur activité professionnelle en cas de maternité, mais la restriction des options offertes aux salariées n'est, de fait, avantageuse que pour l'employeur, car si la mère souhaite s'occuper plus longtemps de son enfant en bas âge ou ne peut financièrement le faire garder, elle devra renoncer à son emploi.

http://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/paroles-chercheurs/olivier-thevenon/