Ce n'était rien. Quelques minutes au bloc et le tour était joué. Je n'aurai pas d'enfant par mégarde. Mes trompes sont hors d'état de nuire.

Je peux à présent m'abandonner sans crainte entre les bras d'un homme. Le seul regret à avoir est de ne pas avoir franchi le pas plus tôt, mais il est probable que l'on m'aurait alors déboutée sans autre forme de procès. J'ai donc atteint l'âge conventionnel où la conviction de toute une vie finit par être prise au sérieux.

La technique est fort simple, ce sont les soignants qui compliquent généralement l'affaire. Hélas, dans les profondeurs inaccessibles de son propre ventre, on ne peut proprement s'implanter soi-même ; à moins de se mutiler, on est fatalement tributaire de la bonne volonté du docteur un-e-tel-le, ce qui n'est pas du tout cuit. Je me souviens par exemple de cette gynécologue à l'accent roumain qui m'a refusé la pose d'un simple stérilet. Outre son arbitraire mépris de ma légitime demande, il me semble juste de qualifier son acte d'inconscience, car si un autre accident s'était produit, elle en aurait été, de fait sinon de droit, aussi responsable que moi. J'ignore le motif de sa défection, mais je garde en mémoire le souvenir d'affiches roses et mièvres jusqu'à la niaiserie qui ornaient son cabinet pour exalter la maternité, propagande qu'évidemment je déteste.

 

Ainsi, m'envoyer sur les roses ou à ses confrères comme elle l'a fait, c'était m'imposer un délai de six mois au moins pour obtenir un rendez-vous ailleurs, sans être plus sûre pour autant de l'accueil qui me serait réservé. J'estime que ce médecin a failli à son rôle.

Néanmoins, j'ai repris récemment mon courage à deux mains pour trouver à qui m'adresser en vue de résoudre définitivement la question, car à coup sûr, contrairement à d'autres actes médicaux, aucune publicité n'est faite à la stérilisation volontaire.

Après une recherche dans l'annuaire, lors de mes appels aux centres de planning familial on m'a renvoyée d'un service à un autre jusqu'à ce qu'enfin un nom de médecin surgisse providentiellement du combiné, celui d'un gynécologue exerçant en milieu hospitalier.

Un rendez-vous, un entretien ont rapidement pris place, où, malgré ses tentatives récurrentes de me proposer de préférence un stérilet, le Dr Cohen a finalement dûment pris en compte la volonté que j'ai exprimée d'être stérilisée définitivement. Ensuite, quatre mois de délai légal ne m'ont évidemment pas éloignée d'une certitude de vingt ans ; et aujourd'hui le problème est réglé. Merci Docteur !