Parce que les sujets qui fâchent sont souvent les meilleurs, je vais me risquer à parler des voiles dits islamiques étant donné que j'ai mon avis là-dessus, comme tout le monde. Il ne s'agira pas, bien évidemment, de se lancer dans l’exégèse du Coran dont je me soucie comme du Grand Turc, que j'ai essayé de lire pourtant, mais trouvé, en toute franchise, plus ennuyeux que l'annuaire. Je n'irai pas sur ce terrain, même si j'observe que le prétendu commandement de porter le voile n'est pas admis par tous les musulmans.

En quoi suis-je concernée ? Je ne le suis pas directement et ne compte jamais céder à cette mode vestimentaire, sans exclure pour autant de me protéger la tête avec mon écharpe quand le soleil tape dur, tant pis si cela prête à confusion.

Assurément, c'est à celles qui le portent de savoir si cela leur convient ou non. Aussi ridicule et laid que cela me paraisse, je n'ai pas l'intention de tenter de les en empêcher. De même pour les barbes hirsutes et les robes et les petits bonnets bizarres de certains bonshommes, bien que je les trouve repoussants.

Néanmoins, l'idée que les femmes devraient se couvrir plus que les hommes pour des raisons de « pudeur » me hérisse extraordinairement. C'est probablement parce que je suis féministe et peut-être un peu parce que je suis de la patrie de Molière :

Je pourrais vous voir nu du haut jusques en bas

Que toute votre peau ne me tenterait pas.

Cela dit, je ne suis pas bon enfant au point de prendre l'interdiction du voile à l'école pour une mesure d'émancipation féminine. Déjà parce que l'émancipation féminine n'est pas la grande préoccupation du législateur au quotidien, et surtout parce que ce n'est pas en étant exclue de cours que l'intéressée a des chances d'évoluer beaucoup, en admettant qu'elle y soit disposée. Pour cela, je rejoins Christine Delphy, sans prendre le même parti pour autant. La vérité est ailleurs.

On s'inquiète de cette exhibition de piété suspecte et épidémique, car si le motif était bien religieux, si la « pudeur » seule était en jeu, comment se fait-il qu'entre les mille et une manières de cacher sa peau et ses cheveux, les prudes choisissent précisément celle qui leur donne l'air de débarquer d'ailleurs, voire d'Arabie Saoudite dans les cas extrêmes ? Et à ce propos, c'est une drôle de notion de la pudeur que de tout faire pour se faire remarquer.

Trêve de balivernes, ce n'est pas davantage une tradition que de la pudeur, car une tradition ne se choisit pas ; elle s’hérite de mère en fille, de père en fils, sans poser de question. Ce n'est donc ici qu'un simulacre, un déguisement, tout comme si je prétendais perpétuer une tradition en portant la fraise en référence à Catherine de Médicis. Je ne poursuis pas une tradition en m'habillant différemment de ma mère.

En conclusion, quels que soient les motifs des femmes et des hommes pour s'habiller à l'islamique, par ces signaux, les gens concernés montrent aux Français qu'ils ne sont pas des leurs alors qu'ils choisissent de vivre en France. Et cela, je le dis comme je le sens, est particulièrement difficile à supporter pour l'esprit français.